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Souvenirs des années soixante à travers les livres et la presse

22 Jan

La résistance dans le Nord Mon évasion du siège de la Gestapo d'Arras par Henri Fievez

Henri Fievez

1909-1997

René  dans la résistance

Député, Conseiller général,Maire de Denain

Officier de la légion d'honneur,croix de guerreavec étoile d'argent,

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Réorganiser la résistance dans le Pas de Calais

En juin 1942, le groupe de trois dirigeants de la résistance dans la Pas de Calais, fut arrêté par la Gestapo. La direction du parti était ainsi décapitée.

Avec René Lemaire, responsable du journal l’Enchainé, je fus envoyé dans le Pas de Calais avec pour mission de réorganiser et de diriger la parti dont les principaux militants clandestins avaient été arrêtés et fusillés . La tâche n’était pas facile. Le Pas de Calais était en véritable état de siège.

Le couvre feu s’appliquait rigoureusement. Dès 17 heures il était interdit de circuler en bicyclette. Avec énormément de difficultés, à deux, nous réussîmes à mettre debout des directions de secteurs composés de trois camarades : un P le politique, un O l’organisateur, un M le responsable des masses, dans chaque arrondissement.

Malheureusement, dès juillet 1942, René Lemaire était à son tour arrêté. Je me retrouvais seul pour diriger la résistance dans tout le Pas de Calais. Un responsable me restait, le camarade Glorieux. Ce coup dur fut suivi d’un second. la direction des jeunesses communistes fut à son tour arrêtée et ses responsables également fusillés.

J’avais alors un rendez-vous avec René Camphin ex colonel Beauduin, responsables inter région du parti, avec à l’ordre du jour la réorganisation des jeunesses communistes dans la résistance. ils se mit d'accords avec moi pour organiser un rendez-vous clandestin avec un jeune de vingt ans appelé de son nom de guerre Serge.

Ce rendez-vous fut prévu pour le 4 août 1942 à 16 heures au café dit la corbeille à Béthune sur la route entre Beuvry les Béthune et Béthune. Pour que je puisse le reconnaître, il devait porter une petite croix en sparadrap sur la joue droite. Au jour fixé, trois minutes avant l’heure, j’entrais dans ce café, quelques mineurs s’y trouvaient. Je commandais un quart de bière et m’installais seul à une petite table. En attendant Serge, je sortais des contrats d’assurance de la Populaire que je fis semblant de remplir.

 La résistance dans le Nord      Mon évasion du siège de la Gestapo d'Arras par Henri Fievez
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Mon arrestation

 A 16 heures précises, la porte s’ouvre. Deux hommes en chapeau entrent. L’un deux porte une croix de sparadrap sur la joue, mais il a plus de trente ans, ce ne peut être Serge âgé de 20 ans qui m’avait été décrit par René Camphin.

Je devinais immédiatement que ce ne pouvait être que la police spéciale au service de Vichy et de la Gestapo. Le plus petit prit la direction des WC, j’appris plus tard que c’était pour armer son révolver.

Calmement, je finis de remplir un contrat d’assurances et après avoir payé mon quart, je sortis sans me presser. Sur le trottoir, je vis alors trois voitures occupées par plusieurs hommes. L’une se trouvait dans une petite rue adjacente à la rue principale près du café, les deux autres dans la grand rue ,mais diirigées sens contraire moteurs tournanat au ralenti. Ainsi toutes les directions m'étaient coupées.

J'enfourchais ma bicyclette et lentement pour ne pas donner l'éveil,je pris la direction de Beuvry les Béthune.

A peine avais je fais quelques centaines de mètres que j’entendis le bruit d’un moteur d’auto. Je ne m’étais pas trompé c’était bien des policiers qui étaient entrés dans le café et j’étais suivi. J’évitais de me retourner pour ne pas me rendre suspect, avec l’espoir qu’ils penseraient s’être trompés.Rien ny fit.

Après le pont  qui enjambe une ligne de chemin de fer ,j'aperçu un petit chemin en terre battue.tout juste assez large pour permettre le passage d’une voiture. Je le pris. en face de moi, arrivait  un camion je compris que si je pouvais le croiser je serai sauvé.

Brusquement j’appuyais sur les pédales pour passer. Mais les policiers comprirent ma manœuvre et me doublèrent à toute vitesse, s’arrêtèrent face au camion. J’essayais de faire demi tour.

Trop tard, un révolver s’appuyait sur ma nuque. Un policier avec d’infinies précautions, m’enleva mon stylo et le jeta très loin craignant sans doute qu’il était piégé. L’autre me fouilla et trouva sur mon abdomen la brochure intitulée le vol de l’aigle .les premières page contenaient un roman, celles du centre des directives pour se mettre en embuscade et attaquer les convois militaires. Malheureusement, celle-ci s’ouvrit au centre.

Le policier poussa un cri de satisfaction c’est bien lui l’oiseau qu’on recherchait. Je fus alors conduit au commissariat de Béthune où mon interrogatoire commença sous la direction des deux policiers qui m’avaient arrêté. Comme ils s’appelaient par leurs noms, j’appris que j’avais affaire au commissaire de Beuvry les Béthune nommé Therry et l’inspecteur Bachelet. Que Serge avait été arrêté le matin au cours d’un attentat contre la police de Vichy et que malheureusement et ayant enfreint les consignes dans la clandestinité, il portait sur lui la date, l’heure et les indications fixées pour son rendez vous avec moi

 Une imprudence qui me coûtait cher, peut être la vie. L’inspecteur posa son révolver sur la table juste à côté de moi. Je regardais le révolver en pensant : si je pouvais m’en emparer, j’abattrais un policier et je me sauverais, mais rien à faire. La main du commissaire était posée à côté de la crosse.

L'interrogatoire

Première question : comment t’appelles tu ? je répondis patriote, je reçus alors un coup de crosse de révolver dans les cotes. de nouveau la question même réponse, je reçus un nouveau coup de crosse. La scène se répétera un bon quart d’heure.

Après quoi, le commissaire appelle une femme du service des recherches et lui demanda de me photographier.

Après avoir regardé avec insistance et ça dans les moindres détails, elle disparut et revint quelques minutes plus tard et dit « il s’appelle Henri Fievez, il habitait Helesmes près de Denain, marié quatre enfants, condamné mort, un mandat d’arrêtes lancé contre lui portant, individu extrêmement dangereux, à abattre sans sommation » signé Carles. Préfet du Nord.

Désormais, j’étais bien reconnu. Je demandais alors la grâce de ne pas prévenir ma femme pour qu’elle puisse encore vivre un peu de temps avec l’espoir de me retrouver un jour vivant. Aucune réponse ne me fut donnée.

J’ai alors demandé de pouvoir aller au WC. Là j’avalais la petite feuille de papier à cigarette que je cachais dans une petite poche à l’intérieur de mon pantalon et sur laquelle se trouvait le code chiffré de 1 à 9 qui servait pour les messages secrets. Après ce premier interrogatoire, je fus conduit dans une cellule du commissariat et jeté sur un bas flanc en bois.

La cellule était empuantée et plongée dans la plus profonde obscurité. Allongé sur ce plan en bois incliné, je réfléchis à mon sort. J’étais moi aussi arrêté comme les camarades qui m’avaient précédé à la tête de la résistance du parti dans le Pas de Calais. Comme eux dans quelques semaines, je serais fusillé, à moins que je m’évade.

Dès lors, je m’appliquai cette formule, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, et ne pensais plus qu’à une chose, tenter l’impossible pour m’évader, à cet instant, j’envisageais tous les moyens  pouvant me le permettre

Bientôt, habitué à la nuit, en tournant la tête, j’aperçus quelques petits points brillants contre une paroi. Je me dirigeais en me guidant avec les murs vers ces petites lueurs je compris que la lumière provenait de trous percés dans une tôle de 60 cm de côté, clouée contre le mur.

En essayant de la détacher, qu’elle ne fut pas ma surprise de la voir tourner sur un angle inferieur et d’apercevoir comme un petit caveau interdit par des barreaux d’entrée et au plafond duquel se trouvaient d’autres barreaux qui me laissaient voir le ciel et les jambes des passants dans rue.                                                                                                                                                                .je Je veux alors ébranler un barreau, stupeur ,le barreau se dévisse . Je prends le deuxième, rien à faire, il ne bouge pas. Je tente alors de passer la tête dans l’ouverture ainsi pratiquée, me dis si j’entre dans le caveau, alors, avec la force des reins décuplée par la volonté de m’évader je ferais sauter les autres barreaux et serait dans la rue en pleine nuit. Mais désespoir la tête ne passe pas et le troisième barreau ne bouge pas.

Prenant un barreau je longe à nouveau le mur et rencontre la porte de la cellule. Me servant de la barre de fer comme levier, je la passe sous la porte pour exercer une pesée et peut être, que sais je, sortirait elle de ses gonds. La porte ne bouge pas mais le bout de la barre se brise avec un bruit sec qui retentit dans le sous sol du commissariat.

Cinq minutes plus tard les policiers, révolvers aux poings, ouvrent ma cellule et découvrent ma tentative d’évasion. Les conséquences ne se font pas attendre. Les coups pleuvent de toute part, je suis complètement déshabillé, puis jeté dans une autre cellule.

Le lendemain 5 août, je suis à nouveau interrogé par les mêmes policiers qui ne font que ricaner « tu as essayé de t’évader comme Cousin que nous avons aussi arrêté et qui a été fusillé, ton compte est bon ». C’est lui Cousin avec sa force herculéenne avait réussi à dévisser deux barreaux et remis la tôle pour camoufler sa tentative. Obstinément je refuse de répondre à toutes les questions. Intérieurement je me dis, je vais mourir bientôt ; mais je mourrai la conscience tranquille, je ne parlerai pas, qu’importe les tortures je ne livrerais aucun résistant, je mourrais en patriote, en communiste pour la libération de la France

 

 

 

 


 

 La résistance dans le Nord      Mon évasion du siège de la Gestapo d'Arras par Henri Fievez

 A la prison de Béthune 

 Le 6 août, dans l’après midi, je suis conduit à la prison de Béthune dans la cellule n° 7.

 Cinq jeunes résistants s’y trouvent déjà. Ils se méfient d’abord de moi, bien que je sois ensanglanté. Je les interroge sur les conditions de leur arrestation. Comme moi, c’est la police spéciale au service de la Gestapo qui les a arrêtés. Ils me demandent qui je suis ?, je leur donne mon nom de maquisard Jacques dans le Pas de calais.

Alors émus, ils me disent c’est toi Jacques, on connaissait ton pseudonyme, mais on ne t’avait jamais vu, nous n’avions pas de liaison avec toi, mais nous savions que tu étais notre chef, et de m’interroger à leur tour sur les circonstances de mon arrestation. Pour me donner confiance, ils me disent que j’étais dans le quartier de la prison gardé par des Français, donc je ne serais pas livré à la Gestapo

Je leur répondis, c’est une erreur, ils viendront me chercher ici

 Mes jeunes camardes recevaient des colis de leurs parents contenant des pommes de terre cuites à l’eau, du chocolat et des cigarettes. Ils m’obligèrent à manger avec eux un morceau de chocolat, puis ils m’offrirent une cigarette. Je n’avais jamais fumé avant d’entrer dans la résistance. C’est là en prison que je reçus ma première cigarette, témoignage de l’amitié et de la fraternité profonde qui nous unissaient dans le combat que nous menions contre l’envahisseur et ses collaborateurs et à la  libération de  la France

Toute La nuit, nous la passâmes à chanter l’internationale, la Marseillaise la jeune garde. Un jeune chantait avec émotion « j’attendrais le jour et la nuit, j’attendrais toujours » Le lendemain matin, 7 août 1942, nous fûmes conduits au préau où tous les prisonniers étaient contraints de tourner en file indienne sous la surveillance constante des gardiens. J’y rencontrais de nombreux résistants, l’un d’entre eux transféré à Arras

la prison de Béthune

la prison de Béthune

Transféré à Arras

Vers 11 heures, un gardien entre dans la petite cour et cria « Fievez, ici la Gestapo t’attend ».

Les jeunes de ma cellule m’accompagnèrent dans celle-ci. Tous pleuraient en m’embrassant, me serrant- dans leurs bras, ils refusaient de me laisser partir. Je leur demandais d’être courageux, d’avoir confiance, qu’eux ils en sortiraient. Je les embrassais à mon tour eu disant : au revoir camarades.

A peine sorti de la cellule l’idée de m’évader me reprit avec obsession. Depuis le jour de mon arrestation, c'est-à-dire le 4 août, donc depuis 3 jours, je ne m’étai pas débarbouillé, pas rasé. La figure tuméfiée, un pansement ensanglanté à la main car j’étais plein de furoncles, plié en deux, faisant mine de souffrir énormément en marchant, lentement je suivis le gardien jusqu’au bureau où m’attendait un commandant et deux policiers de la Gestapo. Les formalités administratives terminées, je fus conduit jusqu’à une voiture Citroën qui prit la direction d’Arras.

Pendant que la voiture roulait, toutes sortes d’idées me traversaient la tête : Ah si j’avais encore mon révolver que m’avait donné un agent de liaison Henri Cuvellier de Lommes les Lille, le commandant serait déjà mort. Peut être que le chauffeur se serait jeté contre un mur, je serais sans doute mort aussi, mais avec moi un commandant hitlérien.

Vers 13 heures nous arrivâmes au siège de la Gestapo à Arras. Une grande grille ouverte sans gardien, une cour d’entrée, puis les bureaux. Toujours plié en deux, le pansement à la main, ils me firent pénétrer dans un petit bureau où se tenais deux soldats de la Gestapo près d’un standard téléphonique et un commandant. Ils me confièrent à eux et sortirent. Mes nouveaux gardiens me regardaient avec étonnement en se disant certainement « ce n’est pas possible, ce petit homme maigre pesant à peine 45 kilos, une jambe abimée qui se traine difficilement, non ce n’est pas l’homme dangereux à abattre sans sommations. Le commandant sortit néanmoins son révolver et me fit entrer dans le deuxième petit bureau de 3.5m par 3.5m. Il s’appuya contre la chambranle de la porte en me regardant avec curiosité.

Pensant à m’évader, je me dis : il faut que je marche sans arrêt, comme cela si l’occasion s’offre de me sauver, je ne ferais pas entendre un bruit anormal. Quelques minutes plus tard, avec encore cette idée de m’évader, il faut que je m’ évade, je me risquais à demander à boire. Le commandant me fit signe d’aller boire dans le grand bureau adjacent à celui où je me trouvais, toujours en marchant lentement, je me dirigeai dans la direction indiquée, arrivé dans ce bureau, n’étant plus vu par le commandant, je me relevais vivement près de la fenêtre au moment ou j’allais tourner l’espagnolette de celle-ci j’entendis des pas. Je me repliais aussitôt. C’était une femme de ménage, une française je lui dis rapidement que j’étais résistant, que j’allais être fusillé, que je voulais m’évader. Elle me répondit navrée « mon dieu je vous plains, qu’est ce que vous allez prendre, le commandant est méchant » A cet instant le commandant arriva et fit signe de boire dans mes mains au lavabo.

Après avoir bu quelques gorgées, je retournai dans le petit bureau et je repris ma marche. Le commandant reprit sa place près de la porte donnant accès au standard.                                     Quelques minutes plus tard, à travers les deux portes ouvertes des deux petits bureaux, je vis arriver une jeune femme blonde, maquillée outrageusement, sans doute passez moi l’expression, une collaboratrice verticale te horizontale. Elle fut accueillie par mes gardiens avec de grands sourires. Celle-ci pénétra dans un couloir qui se trouvait près de la porte du bureau sur la chambranledelaquelles’appuyait toujoursle commandant révolver aux poings.

Le couloir se trouvait donc derrière celui-ci. Le soldat assis devant le standard se leva et suivit la jolie blonde. Le deuxième à son tour prit la même direction.                                                              Je continuais toujours à marcher et ce le plus près possible de la porte où se trouvait le dernier gardien

siege de la gestapo à Arras place de la préfecture, la gestapo d'Arras
siege de la gestapo à Arras place de la préfecture, la gestapo d'Arras
siege de la gestapo à Arras place de la préfecture, la gestapo d'Arras

siege de la gestapo à Arras place de la préfecture, la gestapo d'Arras

Mon évasion

. Un éclat de rire dans le fond de ce fameux corridor., le commandant fait alors un demi tour sur lui-même pour regarder la scène qui si passait. Il fit à peine un pas dans ce fameux corridor en me tournant le dos, alors en un éclair, j’ai choisi entre vivre en m’évadant ou mourir tout de suite, transpercé par les balles du révolver. Permettez cette petite digression, à personne je ne souhaite de connaître une seconde semblable qui décide de la vie et de la mort. A cet instant précis toutes mes forces, tout mon influx nerveux en en prit un coup qui m’a marqué pour toujours. Maintenant il m’arrive parfois de me demander si c’était bien moi qui ai connu une vie aussi intensément vécue.

Je reviens à ce moment précis où le commandant s’est retourné. En un éclair je suis passé derrière lui, j’ai traversé le petit bureau, la cour, la grille puis j’ai tourné à droite. J’aperçu une église à ma droite, j’eus l’idée de m’y cacher puis je me suis dis, non même dans une église ils me chercheront.

Sur ma gauche je vis arriver une petite fille sur un vélo. Je lui attrapais le guidon et vite lui demandais de me prêter le vélo pour me sauver en disant que je venais de m’évader de la Gestapo et que je lui renverrais. Elle se mit à pleurer en retenant son vélo. Je l’abandonnais,  je traversais alors une pelouse sur ma gauche. Tout en courant, je me débarrassai de l’imperméable bleu que je portais Je remis mes lunettes à verres neutres que j’avais avant mon arrestation. J’enfilais toujours en courant comme un fou une rue à gauche, puis la suivante à droite, sans arrêt, je changeais ainsi de direction, dix minutes plus tard, mes nerfs, mes muscles craquèrent. La respiration coupée, la langue épaisse, je dus me résigner à marcher lentement. C’est ainsi que je me retrouvais près du pont de Bapaume à Arras. En le montant, une nouvelle émotion s’empara de moi. J’entendis arriver derrière moi des motos. En me retournant, j’aperçu deux motards de la Gestapo roulant lentement en prenant toute la chaussée. Alors je me suis arrêté de marcher près du garde fou du pont, me penchant par dessus, en déséquilibre prêt à me lancer dans le vide si les motards s’arrêtaient près de moi. Je fis semblant de regarder les trains. Ils passèrent à deux mètres de moi. Ils devaient se dire, un évadé court, il ne regarde pas les trains passer. Et puis, je n’avais pas l’imperméable bleu. Je portais des lunettes, je n’étais donc pas pour eux le fameux évadé.

 La résistance dans le Nord      Mon évasion du siège de la Gestapo d'Arras par Henri Fievez

Mon refuge

Quand ils furent assez loin je repris ma marche et me dirigeais vers la maison du camarade Michel Selame. Sa femme Alice, se trouvait sur sa porte, discutant avec un employé des PTT. Sans m’arrêter je dis bonjour cousine et m’engouffrais précipitamment dans la maison.

Elle me suivit bientôt, médusée, elle dut se rendre à l’évidence, c’était bien moi qui venait d’échapper à la Gestapo. Quand son mari revint, vers le soir, je lui racontais mon odyssée et lui confiait la mission d’en informer René Camphin. Je ne manquais pas dans mon rapport d’indiquer que les auteurs de l’arrestation des résistants n’étaient autres que l’inspecteur Bachelet et le commissaire Therry qui passait pour un ami des patriotes.

En 1943, une embuscade fut tendue à Thierry en mairie de Cambrin. (En réalité Beuvry les Béthune). les résistants l’abattirent comme un traite qu’il était. Pierre Laval lui décerna alors la légion d’honneur à titre posthume.

Pourquoi ai-je réussi une telle évasion ? D’abord j’étais petit, maigre, Pour les Allemands j’’étais incapable de couurir, comme je n’avais cessé de marcher le bruit de mes pas n’alerta pas mes gardiens. Quand je suis passé comme un éclair les 85 cm de la largeur du corridor, lorsque le commandant reprit sa place il constata bien que je n’étais plus dans le bureau, mais sans doute crut il que j’étais retourné dans le grand, derrière pour boire à nouveau.

De nombreuses minutes furent ainsi perdues par les gardiens qui me permit de mettre une certaine distance et hors de leur vue, entre eux et moi. D’’autre part ils ne pouvaient abandonner le siège de la Gestapo, leurs collègues se trouvaient certainement vu l’heure, ailleurs entrain de manger.

Autant d’éléments qui me facilitèrent ma fuite. Une anecdote, le lendemain après midi, la brave Alice alla rendre visite à la femme de Gaston Coquel qui travaillait à la préfecture d’Arras. Celle-ci lui apprit qu’un résistant s’était évadé al veille du siège de la Gestapo, que sa fille l’avait vu. Lui ayant dit qu’il lui avait demandé son vélo et qu’elle avait refusé, elle la gifla.

Après quoi, elle raconta à sa mère que j’avais jeté mon imperméable et qu’elle savait où il était et alla le ramasser. Alice ne dit mot. Elle savait qui était ce résistant et pour cause.

Je n’oublierai jamais avec quel courage, risquant d’être fusillé avec moi si j’étais découvert chez eux, Alice et Michel Selame, m’abritèrent pendant plus de 2 mois.

Après quoi, par une nuit noire,précédé d'un éclaireur, avec à mes côtés, toujours la courageuse Alice , en bicyclette , j'ai gagné la petite gare de Boileeux où j'ai pris le train en direction de Paris .

Entre temps le Pas de Calais avit été mis en état de siège pour me reprendre,  toutes les maisons y compris l'église avaient été fouillées.

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